LE MUSEE DE LA CHASSE ET DE LA NATURE
Saint Clair Cemin au Musée de la Chasse et de la Nature

Contrairement à la plupart des musées français qui relèvent de l’Etat ou de collectivités publiques, le Musée de la Chasse et de la Nature est une institution privée. Ce statut lui confère une grande liberté, tant pour sa programmation artistique que pour son agencement muséographique. A l’origine de sa création, en 1967, il y a François Sommer (1904-1973), industriel et mécène, dont la fortune était liée aux revêtements de sol. Avant de donner, dans les années 50, un grand essor à son entreprise, il partageait son temps entre deux passions, le pilotage d’avion et la chasse. Ayant rejoint les forces françaises libres du général de Gaulle à Londres, lors de la seconde guerre mondiale, il s’illustra à de nombreuses reprises par sa bravoure, notamment lors d’un raid aérien destiné à protéger le débarquement des alliés en Normandie. Les appuis politiques dont il bénéficia dans la France d’après-guerre lui furent utiles pour la réalisation du projet qui lui tenait à cœur : organiser un musée qui présentât les œuvres d’art animalier, les trophées et les armes de chasse qu’il avait collectionnés au cours d’une vie intense de chasseur collectionneur. A l’instigation du ministre de la Culture, André Malraux, il installât ses collections dans le centre historique de Paris, au sein d’un prestigieux hôtel construit vers 1650 par l’architecte Mansart. Selon son goût personnel, l’agencement des collections visait à évoquer la demeure idéale d’un chasseur. François Sommer décédait peu de temps après l’inauguration de son musée en léguant sa fortune à une fondation constituée pour faire vivre son musée ainsi que le domaine de Belval. Ce dernier est un ancien domaine de chasse dans lequel, François Sommer au cours de son enfance, avait développé le goût de la nature et des grands espaces. S’attachant à en faire une réserve d’animaux sauvages, il y accueillait, dans une cabane au confort rudimentaire, des personnalités du monde entier partageant cette passion pour les animaux et la chasse. Parmi les hôtes notables, Ernest Hemingway vint y séjourner.

Après quarante années d’existence, la rénovation du musée s’imposait. L’acquisition de l’immeuble mitoyen permit de développer la surface d’exposition et de réorganiser la présentation des collections. Enrichies et diversifiées, celles-ci illustrent désormais le thème de l’évolution du rapport de l’homme à l’animal. Tout en respectant la volonté du fondateur de donner au musée le caractère d’une habitation, la mise en scène tend à dépayser le visiteur, à suggérer qu’il s’est introduit dans la demeure d’un hôte mystérieux, loup, cerf ou sanglier, qui ne saurait tarder à revenir. Maintenu dans cette expectative, le public reste sur ses gardes, attentif comme il peut l’être en forêt, aux indices révélant la présence de l’animal sauvage qui, sans doute, l’observe en secret.

Ce programme décoratif nécessitait l’intervention d’artistes. Un concours international fut organisé pour sélectionner le créateur de la grille donnant accès au musée. Dans cette perspective Saint Clair Cemin proposa une porte monumentale en bronze évoquant le mimétisme entre l’animal et son territoire. Certes le projet de grille ne fut pas réalisé, mais au vu de son esquisse le conseil d’administration de la fondation donna carte blanche à Cemin pour les éléments décoratifs du nouveau musée : bas-relief ornant l’escalier, luminaires, mobilier muséographique. D’une manière symbolique, l’artiste se rendit à Belval pour s’inspirer de lieu qui était à l’origine de la passion du fondateur et dont on a voulu faire une référence omniprésente dans la mise en œuvre des collections. Il y préleva des morceaux d’écorces, des racines, des bois de cerf pour les incorporer dans le bas-relief montant de fond en comble dans la cage d’escalier. Cette œuvre, comme l’ensemble des éléments conçus par Cemin, constituent une sorte de fil directeur dans la visite. L’œil y entrevoit des formes, mi-animales, mi-végétales, dont l’étrangeté qualifie l’atmosphère régnant dans les salles.

L’une des salles est consacrée à la licorne, bête qui tient une place privilégiée dans l’imaginaire des chasseurs occidentaux. A la manière des cabinets de curiosités du XVIIe siècle, elle présente des pièces à conviction témoignant en faveur de l’existence de l’animal mythique. Prenant appui sur les mémoires de Benvenuto Cellini, célèbre orfèvre de la Renaissance à qui le pape avait demandé une sculpture permettant de « monter » la corne de licorne qu’il souhaitait offrir au roi de France, Saint Clair Cemin a conçu une tête de cheval formée de feuillage sur laquelle vient s’enchâsser une exceptionnelle dent de narval. Cette œuvre résolument contemporaine renvoie toutefois à la fantasmagorie des chasseurs occidentaux et illustre le rapport ambigu entre la culture et la nature. Dans son caractère hybride, entre les règnes animal et végétal, entre l’observation de la nature et l’imagination poétique, elle parait pleinement emblématique du musée.

Claude d’Anthenaise
Conservateur en chef
Musée de la Chasse et de la Nature

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